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A France 3, la stratégie du « stress-test »

 

En cette fin d’année, l’audiovisuel public et notre réseau régional en particulier sont soumis à un vaste « stress-test ». Avec une technique bien éprouvée : d’abord on fragilise le corps social, ensuite on lui impose des choses en agitant le spectre de son avenir et de sa survie.

La fragilisation, elle est à l’œuvre à marche forcée depuis des années, à coup de réductions budgétaires continuelles et considérables, à coup d’attaques de toutes part. Le récent rapport de la Cour des comptes, très largement à charge et empreint d’une idéologie néo-libérale, vise en particulier les régions de France 3. On les présente, comme à l’accoutumée, en mammouth dispendieux aux pratiques obsolètes, peinant à se réformer. Les magistrats de la rue Cambon vont même jusqu’à affirmer que le Réseau aurait fait moins d’efforts que le reste de l’entreprise depuis 2017, se gardant bien de dire que dans le Réseau, le plan social a commencé dès 2012 avec des centaines et des centaines d’emplois supprimés, des mutualisations en masse, l’accélération des externalisations, le délitement de l’activité en interne.

Comme par hasard, la principale conclusion est qu’il faut généraliser les salariés polyvalents et interchangeables, capables de travailler en même temps pour la télé, la radio et le web, en dénonçant l’accord collectif, ce que la direction de France Télévisions s’est empressée de faire à l’été en devançant la publication.

Mais cela ne va pas assez vite et la direction du Réseau cherche par tous les moyens à accélérer la dérégulation sociale, en divisant les salariés, en cherchant à les opposer aux élus et aux organisations syndicales, en culpabilisant toute personne qui serait immédiatement taxée de conservatisme et de passéisme, jouant contre son camp, mettant en danger l’avenir-même de la télévision publique.

Ce petit jeu particulièrement sournois ne se produit pas n’importe quand. Il a lieu à la veille d’élections professionnelles dans le réseau régional et dans les principaux établissements de France Télévisions.

Sur le terrain, la perversité de la direction s’illustre en particulier dans le domaine du web, où elle est pleinement comptable de la situation mais où elle cherche à faire porter la responsabilité aux syndicats. C’est pourtant elle qui est responsable du sous-dimensionnement historique des moyens, c’est aussi elle qui a toujours trainé des pieds pour négocier les métiers et statuts indispensables à l’activité numérique, alors qu’il s’agit depuis 15 ans d’une revendication de la CGT et des autres organisations syndicales.

En fait, les directions successives ont toujours cherché à imposer des pratiques et des organisations en catimini, sans vouloir en assumer les contreparties pour les salariés.

Aujourd’hui, nos dirigeants jouent sur la frustration de salariés qui ont vu leurs cœurs de métiers progressivement rétrécis et vidés de ce qui en faisait la saveur, en leur faisant miroiter de la nouveauté dans leurs pratiques. Une forme de fraicheur professionnelle qui leur fera momentanément oublier la dégradation de leurs conditions de travail, mais qui risque de peser durablement sur leurs pratiques. Dans le même temps, elle les culpabilise : « c’est l’avenir », « partout ailleurs on travaille comme ça », « vous êtes les derniers des Mohicans », « vous sciez la branche sur laquelle vous êtes assis », et on vous en passe.

Les prétendues expérimentations (qui n’en sont pas) autour des vidéos verticales lancées ces derniers mois hors de tout cadre dans plusieurs régions ne visent qu’à promouvoir des process low cost, visant à économiser des ETP, qui s’imposeront ensuite à tous les salariés.

Soyons clairs : la CGT est de longue date favorable à la montée en puissance sur le web et les réseaux sociaux, mais pas au détriment des principes professionnels et des conditions de travail des salariés. C’est une ligne rouge intangible.

Car à l’arrivée, qu’est-ce qui justifiera qu’on parte à deux, voire à trois, tourner une manif pour le JTR quand un journaliste seul le fera pour le web ?

Ce n’est pas le tuyau qui importe, même si la forme des contenus diffère, c’est la capacité de l’humain à faire : le temps matériel dont il dispose, la charge mentale qui est la sienne pour faire un travail journalistique respectant les principes professionnels, pour produire les contenus dont la qualité distingue le service public du privé et lui accorde la confiance d’une large part du public.

En réalité, c’est de ces principes que dépend l’avenir du service public. Si quelqu’un le fragilise, c’est bien la direction par sa politique de dérégulation.

 

Paris, le 15 octobre 2025

 

 

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